Générique


Adaptation Sophie Renou et Jean-Luc Beaujault

Jeu Sophie Renou

Création vidéo Caroline Bigret

Collaboration artistique Jean-Luc Beaujault

Administration Florence Dufour

Photos Vincent Pouplard

Production Compagnie la fidèle idée

Mentions légales  La passe imaginaire,  Mémoires de l’inachevé de Grisélidis Réal, publiés aux Editions verticales.



2012

Une pute au Palais des Nations

Impromptu


A travers ses correspondances avec le journaliste et écrivain Jean-Luc Hennig, nous découvrons les contradictions intimes d’une femme qui se donne toute entière aux autres, aux hommes, à son métier, à son combat ; éprise d’amour mais aussi de colère, une colère puissante et violente.
Avec beaucoup d’humour également, elle décrit les hommes qu’elle rencontre, se pose tour à tour comme confidente, initiatrice, témoin d'une « triste humanité » rejetée par une société qu’elle juge conformiste et moralisatrice, dont l’étroitesse d’esprit est à l’origine d'une souffrance humaine qu’elle côtoie et vit au quotidien.

Orpheline de père à l'âge de 9 ans, Grisélidis reçoit de sa mère une éducation très rigide contre laquelle elle se révolte. Après des études artistiques, et devant la difficulté d'en vivre, elle commence à se prostituer en 1961 : elle devient très vite militante.
Elle déclare que la prostitution peut être un choix, une décision. Elle tient à ce que sur ses documents officiels figurent non seulement écrivain mais aussi «péripatéticienne» qu'elle considère comme une deuxième profession. Grisélidis amène sa « révolution » à Genève en 1977 . Elle a étendu son combat en participant à des conférences internationales, en venant parler de ce qu'elle considère comme son métier dans des universités, en donnant de nombreuses interviews et en animant des réunions publiques.
Parallèlement à ce combat politique, Grisélidis Réal a toujours revendiqué un rôle social de la prostitution qu'elle considère comme une activité qui soulage les misères humaines et qui a sa grandeur : « la prostitution est un acte révolutionnaire ». Elle a développé une vision positive de ce qu'elle a appelé en janvier 2005 (dans la préface de Carnet de bal d'une courtisane), « un Art, un Humanisme et une Science ». Mais elle reconnaissait également le côté sordide de son travail dont elle parlait avec des termes crus. Elle fait de son expérience de prostituée la matière de ses livres: ce sont là des témoignages et des plaidoyers pour la reconnaissance d'un statut, et en même temps des poèmes libérateurs.

Elle décède le mardi 31 mai 2005, à Genève.
 


Le désir de lui prêter ma voix s’est imposé. Il m’a semblé également nécessaire de donner un corps, un visage à cette femme : j'ai sollicité la photographe-vidéaste Caroline Bigret.
De cette collaboration est née la lecture-vidéo que je propose aujourd’hui. Il s'agit du portrait intimiste d’une femme bouleversante, engagée, sensible et profondément humaniste.
Rien dans ses lettres ne m’invite à « incarner » la prostituée, tout me pousse à chercher une voix qui révèle la puissance intérieure de cette femme, sa quête irrésistible de liberté, son souci permanent de transcender la réalité du monde pour mieux en saisir sa violente beauté. J’ai donc choisi de garder le pupitre et les livres pour « donner à entendre » cette voix et non pas l’interpréter. J’ai également choisi d’évoquer la multiplicité de ses visages, de ses facettes…. De la militante à l’artiste contrariée, de l’anticléricale à la prostituée en passant par l’amoureuse, la mère…. En filigrane, ses visages…
Avec la photographe-vidéaste Caroline Bigret, nous avons tenté de capter au plus près son regard saisissant et profond qui invite le spectateur à plonger dans cet univers paradoxal aussi obscur que lumineux. L'image comme la voix cherche à saisir cette obscure clarté qui la caractérise, des images pour donner un corps à cette femme, un visage et un jeu dans l’espace entre la vidéo, la comédienne et le spectateur qui laisse place aux vibrations données par cette écriture. Sophie Renou